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Prédication du 12 Mai 2013

Marjolaine Chevallier
12/05/2013
Jean 14 , 16-19
        

        

 

                        Chers  amis, frères et soeurs en Christ,

 

 Le texte, qui est proposé dans notre Eglise pour ce dimanche et que je viens de lire, se trouve dans le premier des discours d’adieu de l’évangile de Jean. Ces quelques versets sont d’une richesse tout à fait exceptionnelle. Les mots employés font sans cesse référence à d’autres passages du même évangile, si bien qu’il faudrait un travail biblique approfondi pour saisir un peu mieux la densité de cette pensée et les accords de cette harmonie.

 Pour que vous suiviez plus facilement, les quelques versets de notre passage vous ont été remis. C’est dans la traduction œcuménique, dite TOB. Je me suis largement servie de l’exégèse de mon mari Max-Alain Chevallier, sur le « souffle de Dieu » dans ces chapitres de Jean.

 

Chez Jean, ce premier discours d’adieu prend place aussitôt après le dernier repas du Christ avec ses disciples ; or selon cet évangéliste (et lui seul), c’est au cours de ce souper que le Seigneur a lavé les pieds de ses disciples. A la suite de l’exemple qu’il vient de leur donner, il lance un thème, qui chez lui apparaît à ce moment-là, celui du commandement d’amour, il parle d’un commandement nouveau. Il vient de montrer lui-même comment il conviendrait d’aimer et il a poussé l’exigence jusqu’à dire comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Nous mesurons à quel point c’est impossible d’aimer comme lui. Au début de notre texte, il reprend d’une autre façon son affirmation sur cette obligation d’aimer : Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements. Voilà ce que vous pour votre part, vous avez à faire et le pendant, c’est ce qu’il va faire lui. On a entendu ce qui nous concerne nous, et puis il annonce ce qui est son rôle à lui, celui d’intercesseur : Moi, je prierai le Père.
Ce que Jésus révèle alors, c’est qu’il va demander l’envoi de l’Esprit. Il vous donnera, dit-il, un autre Paraclet. C’est la première fois que ce terme apparaît dans les évangiles - Jean seul l’emploie et il reviendra à trois autres reprises dans les trois chapitres de ces discours d’adieux. Ce mot, inconnu dans notre langue, nous est étranger ; que veut-il donc dire ? Les traducteurs ont été embarrassés et c’est pourquoi ils l’ont parfois laissé tel quel. C’est le cas dans la TOB et c’est dommage. En effet, il est important de comprendre un peu mieux cette promesse. On a parfois traduit par ‘avocat’, mais le terme ne convient pas vraiment, parce que ce serait trop professionnel. On a souvent traduit par ‘consolateur’, mais ce n’est que partiellement bon, ce serait plutôt défenseur, plaideur, intercesseur en y ajoutant des nuances assistant, aide, tuteur, bras droit, soutien, réconfort. Aujourd’hui on dirait coatch, éventuellement souffleur, mais aussi inspirateur.  Or Jésus parle d’un autre Paraclet, c’est-à-dire d’un suppléant à sa propre tâche, remplaçant le rôle qu’il a joué lui-même auprès d’eux. La bible en français courant traduit clairement : quelqu’un d’autre pour vous venir en aide et c’est une bonne façon de dire, en personnalisant cette aide. Je vais, dit Jésus, prier le Père de vous envoyer celui qui vous soutiendra, vous accompagnera, sera présence divine à votre secours. Et de préciser, comme une promesse précieuse : Il sera avec vous pour toujours.

 

Voilà le premier point sur lequel nous pouvons nous arrêter avec émerveillement et reconnaissance. Non seulement le Christ, à la veille de sa mort, donne un signe bouleversant de son amour pour les siens en leur donnant l’exemple du lavement des pieds, mais avant de les quitter, il leur annonce une autre présence d’accompagnement et d’assistance. Ils auront, nous aurons, un défenseur, quelqu’un pour nous rassurer, nous protéger, nous enseigner, un autre sur qui compter et cela pour toujours.

 

Ce que le Christ n’a cessé d’enseigner et de vivre c’est l’importance capitale de la relation et l’unité qu’il y a dans la relation d’amour. Il y a dans notre texte le dialogue entre vous et moi. Vous devez m’aimer et pas seulement vous aimer les uns les autres, c’est ce que vous avez vous à faire  et moi je vais solliciter du Père l’Esprit pour vous, allusion à cette autre unité, de relation, cette unité unique, mystérieuse, entre Jésus et son Père avec cet autre appelé ici Paraclet. On pourra parler plus tard d’un Dieu Trinité, ici il s’agit simplement d’apercevoir, de deviner, que cet autre que Jésus va prier le Père d’envoyer, est lui aussi présence de Dieu auprès des amis les plus proches de Jésus, désemparés, endeuillés, isolés. Il précède alors une question de leur part et précise aussitôt : C’est lui l’Esprit de vérité… et vous le connaissez. L’expression de vérité implique que cet Esprit qui viendra du Père, est lui aussi d’ordre divin. Il est le « souffle de Dieu », l’Esprit saint, comme l’évangéliste le dira un peu plus loin. Jean rapproche et unit ici deux expressions (Paraclet et Esprit de vérité) connues à cette époque, mais employées dans des contextes différents, le premier terme n’était pas du langage religieux, tandis que le second avait été employé dans ce domaine, en particulier par les gens de Qumrân. Ils avaient dit par exemple « l’esprit de vérité s’oppose à celui des ténèbres » et pour eux cette lutte se situait au coeur même de l’homme. Mais Jean est le seul à unir ces deux expressions pour désigner le Saint-Esprit. Quant à la vérité, rappelons-nous que plus tôt dans le même discours, Jésus avait déclaré : je suis, moi, la vérité.

 

Vous aurez noté que j’ai sauté ce qui concerne le monde. Je ne voudrais pas insister ici sur cette différence radicale entre ceux qui ont vu et qui ont cru et qui ont connu ou reconnu qui est Jésus et cette réalité d’opposition que Jean appelle le monde , incapable de voir, de croire, incapable de connaître ou de recevoir, tous ces termes sont des thèmes répétitifs de la pensée johannique. Je voudrais en venir à la fin de ce verset, où la déclaration de Jésus franchit une autre étape : Vous le connaissez, vous, parce qu’il demeure auprès de vous et il est en vous.

Ici, il va plus loin et la promesse est plus précise. Il ne s’agit plus seulement d’un défenseur ou d’un assistant à vos côtés, avec vous, mais - bien plus intime encore - il s’agit d’un esprit qui vous habite et vous fait vivre, un souffle divin qui est en vous. Il dira encore (c’est au chapitre suivant) : Demeurez en moi et je demeurerai en vous.

Voilà le second point sur lequel je veux insister avec l’évangéliste, la seconde promesse qui nous est faite comme aux premiers disciples. Ce qui nous est annoncé, c’est non seulement une présence pour marcher avec nous, comme un compagnon  de route et un soutien, et cela pour toujours, c’était déjà beaucoup. Mais cette présence sera en nous et nous animera intérieurement de l’Esprit du Père. Voilà qui peut apporter apaisement, confiance, abandon. Etre source aussi d’une profonde reconnaissance !

 

Il y a davantage encore dans le texte qui nous est donné en ce dimanche.  C’est un dimanche particulier, pas seulement l’occasion de ce grand pont qui rend les départs et les absences nombreux ! Mais dans l’année liturgique, ce dimanche situé entre l’ascension et pentecôte, entre le départ, l’élévation de Jésus qui désormais n’est plus ‘présent avec’ ni visible et puis l’effusion de l’Esprit attendu, ce dimanche a un caractère spécial. C’est un dimanche dans l’attente et la confiance. Chez Luc, il est précisé qu’après le départ de leur Seigneur, les disciples s’en retournent à Jérusalem ‘dans la joie’ et qu’ils étaient ensemble réunis au temple pour prier. Notre texte ajoute encore un élément aux promesses précédentes, une autre raison d’être dans la joie : Je suis vivant et vous vivrez vous aussi !

C’est une autre idée, qui ne concerne plus ni l’exigence d’amour ni la promesse du don de l’Esprit, une affirmation sur la vie, et qui concerne notre vie. Oui, dit Jésus, je vais vous quitter, mais je ne vous laisse pas orphelins, vous ne resterez pas seuls. Certes le monde, les opposants, ceux qui (au moment où Jésus s’exprime) ne vont pas tarder à réaliser leur projet d’exécuter Jésus, de se débarrasser de lui, tous ceux-là le croiront mort et bien mort à jamais, mais par la foi les disciples le verront. Les disciples depuis Pâques ont connu la plénitude de la joie. Rappelez-vous le soir de ce dimanche-là, le voir et croire, une joie annonçant la plénitude du royaume à venir, une joie définitive.

Ici Jésus associe à la douleur de faire le deuil de lui, une nouvelle promesse. Il y a deux traductions possibles : ou bien Vous me verrez parce que je suis vivant, ou bien Vous me verrez vivant. N’avait-il pas dit quelques instants auparavant dans cette même longue causerie du dernier soir Je suis, moi, le chemin la vérité et la vie ? C’est moi qui suis la vie… et quelques jours plus tôt à Marthe près du tombeau de son frère Je suis la résurrection et la vie. Et maintenant : parce que je vis, vous vivrez vous aussi.

 

Il y a là une troisième promesse qui vient apporter beaucoup plus qu’une consolation, une affirmation d’assurance et de paix, la possibilité de partager la vie même du ressuscité. Evidemment, chez Jean, quand Jésus parle aux siens, il est encore personnellement auprès d’eux, ce qu’il promet est encore de l’ordre du futur, mais nous pouvons recevoir ce message comme accompli.

 

Oui, il est vivant, c’est là notre foi et notre joie, alors notre vie est assurée par la sienne.

Oui, il a sollicité l’envoi de l’Esprit de Dieu lui-même pour le remplacer auprès de nous et pour nous venir en aide.

Oui, ce Souffle de Dieu, Esprit de vérité qui vient du Père pour nous défendre et pour nous instruire, est avec nous pour toujours.

Oui, il n’est pas seulement auprès de nous ou avec nous, mais en nous.

La relation exceptionnelle de vie entre le Père et le Fils et le Souffle nous est aussi donnée en quelque mesure à nous. Le verset qui suit immédiatement notre péricope nous le confirme : Ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous ; ou selon la traduction en français courant qui affaiblit un peu l’affirmation mais l’explicite : Vous comprendrez que je suis uni à mon Père et que vous êtes unis à moi et moi à vous. C’est cette relation d’unité que confirmera Jésus dans sa dernière prière, la prière sacerdotale.

 

Dans notre paroisse, qui peine à se remettre de ses chocs et de son deuil, dans notre société en mutation et en crise, dans nos questionnements, nos doutes, nos tâtonnements, que ces trois promesses nous fortifient, nous rendent heureux, reconnaissants et vivants.

Seigneur, nous comptons sur toi, qui nous as aimé comme personne ne peut aimer, viens à notre aide, accorde-nous ton Esprit, remets-nous toujours en marche et remplis-nous du feu de ton amour                                                                                                

                                                                                                          Amen